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Citation de la semaine : Claude Lévi-Strauss
4/11/2009

Hommage cette semaine à Claude Lévi-Strauss, dont les idées ont à jamais transformé ma vision de la différence, depuis que je les ai découvertes sur les bancs de l’université. Une sélection de ses meilleures citations:

“L’anthropologie est une discipline dont le but premier, sinon le seul, est d’analyser et d’interpréter les différences.”

“Il faut beaucoup de naïveté ou de mauvaise foi pour penser que les hommes choisissent leurs croyances indépendamment de leur condition.”

“Rien ne ressemble plus à la pensée mythique que l’idéologie politique.”

“L’humanité est constamment aux prises avec deux processus contradictoires dont l’un tend à instaurer l’unification, tandis que l’autre vise à maintenir ou à rétablir la diversification.”

“La science seule est incapable de répondre à toutes les questions et, malgré son développement, elle ne le sera jamais.”

“Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour-propre.”

“Les blancs proclamaient que les Indiens étaient des bêtes, les seconds se contentaient de soupçonner les premiers d’être des dieux. A ignorance égale, le dernier procédé était certes plus digne d’hommes.”

Citations trouvées sur les sites dicocitations.com et evene.fr

Woman @ EU top : il est temps d’entrer dans le 21ème siècle !
2/11/2009

Depuis que j’ai publié l’article « L’un des trois leaders de l’UE doit être une femme » début octobre, j’ai eu le plaisir de constater que l’idée d’avoir une femme à l’un des postes dirigeants de l’UE a fait du chemin, dans les médias traditionnels comme dans les médias sociaux, tant parmi les femmes que les hommes.

Adoptez le Twibbon rose !

Adoptez le Twibbon rose !

La semaine dernière, la twitteuse linotherhino lançait une campagne sur Twitter pour la nomination d’une femme à l’un des postes-clefs de l’UE. Le concept est simple et efficace : il suffit d’ajouter à votre photo de profil un bandeau rose contenant l’inscription « Woman @ EU top » (vous pouvez le faire ici). Ça s’appelle un Twibbon et ça fait fureur ! En l’espace d’une journée, ma page Twitter est devenue toute rose. J’ai été agréablement surprise de voir que de nombreux hommes n’ont pas hésité à adopter le Twibbon rose, tout comme certains députés européens. Alors rejoignez la campagne Woman @ EU top !

Il y a quelques mois, le Lobby européen des femmes a dit qu’il était difficilement acceptable au 21ème siècle de ne pas considérer le genre comme un des critères  dans les nominations de haut niveau, alors que d ‘autres sont utilisés, comme la nationalité, l’affiliation politique ou même la taille du pays. C’est exactement ce qu’il se passe en ce moment dans le processus de sélection des postes dirigeants de l’UE. Margot Wallström, la vice-présidente de la Commission européenne, qui a été à l’avant-garde de la campagne pour la nomination d’une femme à l’un des postes dirigeants de l’UE, a dit récemment que le président du Conseil européen devrait être une femme. Commentant le fait que la plupart des noms mentionnés pour ce poste sont des noms d’hommes, elle a dit que « d’un point de vue démocratique, cela réduit les 52,9% de femmes à une minorité… et je ne pense pas que ce soit acceptable dans l’Union européenne de 2009 » C’est une bonne chose qu’une femme à un tel niveau de responsabilité réagisse à cette injustice. Cependant, comme Julien Frisch me l’a dit sur Twitter « Les femmes n’ont pas besoin de plus de femmes pour les soutenir. Elles ont besoin de plus d’hommes ». C’est pourquoi j’ai été touchée par les mots de Jerzy Buzek, le président du Parlement européen -détenteur du quatrième poste le plus important de l’UE- lorsqu’il a dit « Je préférerais que nous trouvions une femme présidente parce que nous avons besoin de parité ». Selon European Voice, le Polonais aurait dit qu’après avoir nommé une personne d’un pays d’Europe centrale et orientale à la tête d’une institution européenne, nous devrions aller plus loin en ayant une femme présidente du Conseil.

Où en sommes-nous par rapport à la liste de femmes potentiellement candidates que j’ai présentée dans mon dernier article à ce sujet? Angela Merkel a été réélue chancelière allemande donc son nom est écarté. Bien que le nom de Mary Robinson ait été porté par un incroyable soutien populaire des internautes, elle a dit qu’elle ne souhaitait pas occuper le poste de président du Conseil. Le nom de Tarja Halonen, présidente finlandaise sociale-démocrate, est de plus en plus mis en avant pour le poste de président du Conseil, ainsi que celui d’Ursula Plassnik, ancienne ministre autrichienne des affaires étrangères, chrétienne-démocrate, pour le poste de Haut représentant pour les affaires étrangères et la sécurité. Entre temps, de nouveaux noms de femmes ont émergé dans le débat public. Pour le poste de président du Conseil : Vaira Vike-Freiberga, ancienne présidente lettone, indépendante, pour qui un nouveau groupe Facebook vient d’être créé. Il est difficile de mettre d’autres noms de femmes en avant dans la mesure où ce poste est censé revenir à un ancien chef d’Etat ou de gouvernement et que très peu de femmes européennes ont accédé à ce niveau de responsabilité. Pour le poste de Haut représentant, plus de noms de femmes sont évoqués puisque l’expérience nécessaire est celle de ministre des affaires étrangères ou des affaires européennes, poste que plus de femmes ont occupé. Deux nouveaux noms de candidates sont entrés dans le débat : Elisabeth Guigou, ancienne ministre française des affaires européennes, centre-gauche, et Dora Bakoyannis, ancienne ministre grecque des affaires étrangères, centre-droit.

En tant que socialiste, mon premier instinct est évidemment de soutenir Tarja Halonen et Elisabeth Guigou. Mais les choses sont « un peu » plus compliquées que cela. Deux-tiers des chefs de gouvernement siégeant au Conseil européen sont de droite. Alors pourquoi donc les socialistes voudraient-ils l’un des leurs à la tête du Conseil européen ? À mon sens, ce serait un véritable suicide politique pour notre famille. C’est la raison pour laquelle les socialistes européens essayent d’obtenir le poste de Haut représentant. La socialiste française Elisabeth Guigou est une candidate exceptionnelle pour ce poste. Cependant, elle devrait être nommée par les Français. Dans la mesure où le gouvernement français est à droite, il y a très peu de chance qu’une socialiste soit nommée en tant que membre française de la Commission européenne.

En somme, au point où nous en sommes dans le processus de sélection, si une femme obtient l’un des deux postes dirigeants de l’UE qui restent à pourvoir, ce sera celui de président du Conseil, et ce sera Vaira Vike-Freiberga qui l’obtiendra. Les paris sont ouverts. N’hésitez-pas, comme d’habitude, à commenter et à suggérer d’autres noms de femmes pour ces postes !

L’un des trois leaders de l’UE doit être une femme
8/10/2009

Bien que le traité de Lisbonne ne soit pas encore tout à fait ratifié, les médias ont déjà beaucoup spéculé sur la personne qui pourrait occuper l’un des deux postes dirigeants de l’UE aux côtés de celui –déjà pris– de Président de la Commission européenne : le Président du Conseil européen et le Haut représentant pour les affaires étrangères et la sécurité.

Agacées par le fait que la plupart des noms qui sont actuellement discutés par les médias sont des noms d’hommes, certaines politiciennes et journalistes européennes ont commencé à réagir: lire iciici et . Dans une interview donnée mardi à TheParliament.com, Margot Wallström, vice-présidente de la Commission européenne s’indigne : “C’est une honte que jusqu’à maintenant aucune femme n’ait été mise en avant en tant que candidate possible. Tout ce dont on entend parler, ce sont des gens comme Tony Blair et d’autres hommes”. Je suis d’accord avec elle. Mais j’irais encore plus loin. C’est plus qu’une honte, c’est une insulte à toutes les femmes.

Alors pourquoi Margot Wallström et de nombreuses autres Européennes sont –elles si agacées par cette situation ? Jetez un coup d’œil à la plus récente photo de famille du Conseil européen que j’ai pu trouver (ci-dessous). Faisons un jeu : Cherchez l’erreur!

Conseil européen de juin - CC Le Conseil de l'Union européenne

Non, il ne s’agit pas du violet éclatant du tailleur d’Angela Merkel (deuxième rang, milieu)… Non, il ne s’agit pas du fait que Tarja Halonen, la présidente finlandaise ne porte pas de tailleur coloré, comme il semble être d’usage parmi les femmes dirigeantes européennes… Cherchez  encore. L’erreur, c’est qu’à part Angela Merkel, Tarja Halonen et Mary McAleese (présidente irlandaise, absente sur la photo),  il n’y avait aucune autre femme chef d’Etat (je ne compte pas les reines) ou de gouvernement dans les 27 Etats membres de l’Union européenne au moment où cette photo a été prise (depuis, Dalia Grybauskaité a été élue présidente de Lituanie). L’erreur sur cette photo, c’est qu’il y a environ 98% de costumes gris/noirs.

Voici une photo prise par un collègue blogueur qui résume plutôt bien la situation:

Parité - CC Fred

Il existe de nombreuses femmes talentueuses, charismatiques et compétentes qui pourraient occuper l’un des deux postes dirigeants de l’UE qui restent à attribuer. Voici une liste des noms féminins que “certains” journalistes ont mentionnés:

  • Angela Merkel, Chancelière allemande, chrétienne-démocrate
  • Tarja Halonen, Présidente finlandaise, sociale-démocrate
  • Margot Wallström, Vice-Présidente de la Commission européenne responsable des relations institutionnelles et de la communication, ancienne ministre suédoise de la culture, des affaires sociales et de la jeunesse, sociale-démocrate
  • Mary Robinson, ancienne Présidente irlandaise, ancienne Commissaire des Nations Unis pour les droits de l’homme, indépendante
  • Ursula Plassnik, ancienne ministre autrichienne des affaires étrangères, chrétienne-démocrate

Ce ne sont que quelques noms. Je suis sûre qu’il y en a bien plus. Des idées ? N’hésitez pas à faire des propositions en commentant cet article !

Militants du PSE : Rejoignez notre page Wiki pour le congrès de Prague !
1/10/2009
© Chourka Glogowski
© Chourka Glogowski

Les militants du PSE ont eu des débats passionants à leur Forum 2009 de Dublin. Desmond O’Toole, le coordinateur des militants du PSE à Dublin, a publié une synthèse de ces débats sur une page Wiki où les militants sont invités à contribuer afin que nous puissions faire des propositions au congrès de Prague en décembre.

Rejoignez le débat sur le futur de la gauche en Europe !

Et le gagnant est… l’abstention !
28/09/2009

Les chétiens-démocrates allemands et les socialistes portugais sont contents. Ils ont gagné les élections. En effet, en terme de pourcentage de voix, ils se placent largement devant leurs concurrents. Mais je ne peux m’empêcher de penser que le véritable gagnant de ces élections, c’est l’abstention. Et si l’abstention est la grande gagnante, la grande perdante, à l’évidence, c’est la démocratie.

Taux de participation aux élections allemandes de dimanche: 70,8% (source Euronews) soit le plus bas depuis 1949, confirmant une tendance nette au déclin de la participation depuis les années 1970 où celle-ci culiminait à 90%.

Evolution du taux de participation aux élections générales en Allemagne (source: International IDEA)
Evolution du taux de participation aux élections générales en Allemagne (source: International IDEA)

Taux d’abstention aux élections portugaises de dimanche: 40% (source Euronews), “un record absolu pour des élections législatives depuis l’avènement de la démocratie au Portugal en 1974″ rappelle touteleurope.fr.

Evolution de la participation aux élections générales au Portugal (source International IDEA)
Evolution du taux de participation aux élections générales au Portugal (source International IDEA)

Et le drame, c’est ce qu’il ne s’agit pas d’un phénomène propre à l’Allemagne ou au Portugal mais d’une tendance générale en Europe, comme en témoigne le déclin du taux de participation aux élections européennes depuis les années 1970.

Evolution du taux de participation aux élections européennes (source Parlement européen)
Evolution du taux de participation aux élections européennes (source Parlement européen)

La maison brûle. De moins en moins de citoyens utilisent leur droit de vote. La légitimité de nos démocraties est basée sur les élections. Nos démocraties seront-elles encore légitimes lorsque moins de 50% des citoyens voteront ? Attendrons-nous d’en arriver-là pour réagir ? A voir le sourire sur le visage des gagnants des élections de dimanche et des élections européennes de juin dernier, j’en ai bien peur.

Forum 2009 des militants du PSE : Le défi de l’égalité pour tous
16/09/2009

Au forum des militants du PSE ce week-end, j’ai assisté à l’atelier intitulé « Vers une société plus juste – Le défi de l’égalité pour tous ». Cette session a été particulièrement rafraichissante, donnant l’opportunité à l’audience d’interagir avec le panel des intervenants dès le début de l’atelier. Pas de long discours mais un vrai débat. Parmi les intervenants, il y avait Rhonda Donaghey (SIPTU, Irlande), Lisa Pelling (Groupe de recherche de la FEPS), Michael Leiblfinger (Rainbow Rose) et Niall Crowly (Ancien directeur de l’autorité irlandaise pour l’égalité).

Ballons PSE flottant au-dessus du Trinity college

Ballons PSE flottant au-dessus du Trinity college

Selon Niall, en ces temps de difficultés économiques, malheureusement les gouvernements ont tendance à diminuer le financement des programmes en faveur de l’égalité, qui sont trop souvent considérés comme des politiques secondaires que l’on peut uniquement se permettre en temps de prospérité. Cependant, d’après Niall, une « crise de l’égalité » a précédé et mené à la crise économique que nous vivons actuellement. Des études montrent que les politique en faveur de l’égalité ne bénéficient pas uniquement aux populations vulnérables mais à la société toute entière dans la mesure où une société plus égalitaire est une société plus paisible, plus saine et plus heureuse. C’est pourquoi nous devrions mettre l’égalité au centre du débat public en Europe et protéger les infrastructures en place pour la mettre en œuvre.

Au sujet de la discrimination à l’égard des immigrés, Lisa Pelling a suggéré que nous changions la manière dont nous regardons l’immigration. Nous avons besoin de l’immigration dans la mesure où nos sociétés vieillissent et que notre population diminue. L’immigration est donc une chance pour nous. Nous devrions même être fiers que tant de personnes choisissent d’immigrer en Europe. Rebondissant sur les paroles de Lisa, un participant a dit que nous devrions réaffirmer que tout citoyen a le droit à la liberté et au bien-être où qu’il se trouve dans le monde. Il a ajouté que nous devrions affirmer clairement que les pays qui ne respectent pas les droits LGTB sont tout simplement des pays qui ne respectent pas les droits de l’homme.

En ce qui concerne les personnes handicapées, Niall a souligné que nous n’en sommes toujours pas au point où s’adapter à la différence nous semble être une évidence. Pour que cela fasse partie de nos réflexes, nous avons besoin de politique publiques fortes. Rhonda a clôturé l’atelier en appelant les participants à agir au jour le jour pour des sociétés plus égalitaires afin que dans cinq ans nous puissions avoir un Parlement européen plus varié, libéré des partis d’extrême-droite.

Ré-enchantement socialiste à l’université d’été de La Rochelle
2/09/2009

Sur le chemin du retour de Barcelone, je me suis arrêtée dans la jolie ville côtière de La Rochelle où se tenait l’université d’été du Parti socialiste. Beau temps et bonne humeur, l’ambiance était optimiste. Les journalistes l’ont senti eux aussi puisque pour la première fois depuis bien longtemps, ils ont écrit des articles sur le PS à tonalité positive. A quoi est dû ce revirement soudain ? Ont-ils senti l’enthousiasme des militants ? Ont-ils été séduits par les réformes annoncées par Martine Aubry ? Ont-ils simplement enfin pris conscience de la trop forte négativité dans leur manière d’aborder le PS ces dernières années ? Car non, il n’y a pas au PS que des batailles internes. Non, le PS n’est pas mort. Le PS est un parti de militants. Un parti bel et bien vivant, fort de la motivation et du dévouement de ses milliers de militants qui donnent sans relâche et bénévolement de leur temps car ils refusent la fatalité et font un jour le choix de prendre leur destin en main. Je suis régulièrement interloquée lorsque je constate la différence entre la vie du parti telle que je la vois en interne, et la manière dont il est présenté dans les média. Je me sens trahie, usurpée. Je suis heureuse qu’il y ait enfin des signes de changement.

Ce weekend à La Rochelle, l’enthousiasme des militants m’a réchauffé le cœur. Parmi les réformes annoncées par Martine Aubry dans son discours d’ouverture, deux en particulier ont provoqué des applaudissements à tout rompre, des bravos et des houras : la fin du cumul des mandats et l’organisation de primaires à l’américaine pour désigner le candidat de la gauche à l’élection présidentielle de 2012. A ces deux réformes radicales, s’est ajoutée l’annonce de la mise en ligne à l’automne d’un nouveau réseau social pour les militants et sympathisants du PS. Ce Facebook socialiste, s’appellera la Coopol, abréviation de Coopérative politique. Ces trois propositions-phares m’enchantent car elles vont toutes dans la direction d’une plus grande ouverture du Parti socialiste.

Ouverture à la diversité de la société grâce au non-cumul des mandats. Le Parti socialiste a besoin pour se renouveler de promouvoir des femmes, des jeunes, des personnes d’origine étrangère, des personnes de tous milieux et tous parcours. Pas seulement par obligation de mieux refléter la diversité de la société française, mais aussi parce que de la diversité naît la créativité.

Ouverture à nos partis frères à gauche et à la participation de nos sympathisants à la vie du parti grâce aux primaires présidentielles. Je suis convaincue qu’il est nécessaire que la gauche se rassemble. Nous sommes portés par les mêmes valeurs. Ce qui nous différencie est notre vision de la méthode à suivre pour atteindre notre idéal commun. La primaire donnera également l’opportunité aux sympathisants de gauche de devenir acteur de notre campagne, et suscitera à coup sûr des vocations.

Ouverture à de nouveaux modes de militantisme grâce à la Coopol. Cet outil permettra aux militants partageant des intérêts communs de se retrouver et d’agir ensemble malgré la distance géographique. L’ouverture de l’outil aux sympathisants permettra également de montrer que notre parti est un lieu de débats et un laboratoire d’innovation politique.

L’ouverture est un concept de gauche, tout comme la démocratie participative et la transparence. Il était temps que nous le réaffirmions.

La culture politique de la Génération Y ou Génération 2.0 : Ouverture, Ethique et Humilité
10/07/2009

Il y a une semaine j’ai publié un article sur la Génération 2.0 où je parlais de l’impact de la révolution digitale sur nos sociétés. Hier sur Twitter, j’ai découvert le terme de Génération Y grâce à @boriswandoren. L’expression Génération Y est utilisée pour qualifier la génération qui est née à partir de la fin des années 1970, qui est la première à avoir massivement intégré l’utilisation des technologies digitales dans son quotidien. Boris Wandoren, Jon Worth et moi sommes alors entrés dans une conversation animée sur la nécessité d’une meilleure représentation en politique des valeurs de la Génération Y, ce qui a amené Jon Worth à publier un article où il réfute l’argument générationnel, argumentant que le problème principal de la politique contemporaine a plus à voir avec la difficulté structurelle des partis politiques à intégrer “les preneurs de risque, les leaders, les personnes dynamiques, les personnes qui sont portées par une idéologie”. Cet article a été repris par Julien Frisch, qui est partiellement d’accord avec Jon, tout en argumentant qu’il y a quand même un aspect générationnel à ce problème.

Je continue à penser qu’il s’agit d’un problème de génération. Mais ne me méprenez pas: il ne s’agit pas seulement de remplacer les aînés par des plus jeunes. Ce serait trop facile. Pour paraphraser Jon, “c’est plus important que ça”. La question générationnelle n’est pas seulement une question d’âge. Elle a bien plus de sens lorsqu’elle est appréhendée dans sa dimension culturelle. Beaucoup de jeunes gens ont le même état d’esprit que leur parents tandis que certains “moins” jeunes savent intégrer pleinement les apports culturels des générations plus récentes. Prenez l’exemple de Mai 68. Tous les jeunes de cette année-là n’était pas des hippies aux moeurs débridées, loin s’en faut! Certains jeunes étaient gaullistes, comme Papa. Pourtant, ils avaient tous le même âge. Par contre, en terme d’impact historique, ce sont bien les jeunes hippies progressistes, soutenus par certains aînés ouverts d’esprit, qui ont gagné la bataille culturelle.

La question générationnelle est pertinente en ce qu’elle est une question culturelle plus qu’une question d’âge. Alors, qu’est-ce que la culture de la Génération Y a de spécial et en quoi cela a de l’importance ? Selon l’article Wikipédia que j’ai pu trouver sur le sujet, ce qui caractérise la Génération Y, au moins dans les pays occidentaux, ce sont les choses suivantes:

  • “Ils n’ont pas eu à subir la menace d’apocalypse de la guerre froide.
  • Ils considèrent comme acquises (et parfois dépassées) les transformations morales des années 1960-1970.
  • Ils n’ont pas connu le monde sans le SIDA.
  • Ils étaient suffisamment jeunes lors de l’introduction massive de l’informatique grand-public et de l’électronique portable (téléphonie mobile, photo numérique, GPS) pour en avoir acquis une maîtrise intuitive qui dépasse généralement celle de leurs parents.
  • Ils sont nés avec les débuts de l’intérêt du grand-public pour l’écologisme (qui était précédemment l’affaire d’une minorité, et souvent assimilée à l’extrême-gauche).”

Cette liste n’est sans doute pas exhaustive, d’autant plus qu’elle ne s’applique pas à toutes les géographies, mais elle est quand même une base pour commencer la réflexion et poursuivre les recherches sur le sujet. Bien que l’article fasse une bonne description de la culture de la Génération Y, celle-ci n’est pas mise en relation avec les attitudes politiques de cette génération. Nous voilà arrivés là où je voulais en venir.

L’émergence de cette nouvelle culture va avoir un impact à long terme sur la politique. Mon intuition est que l’élection d’Obama est le premier signe visible de ce que sera l’héritage politique de la Génération Y. Je pense que le futur de la politique se trouve dans l’ouverture, l’éthique et l’humilité:

  • Ouverture car grâce aux technologies digitales le débat public devient de plus en plus perméable à l’interaction directe des citoyens, ce qui entraîne également la nécessité pour les institutions de devenir plus transparentes. Ouverture aussi car la tolérance est l’une des valeurs centrales de la Génération Y qui soutient le droit des minorités ainsi que les libertés sexuelles.
  • Ethique car depuis quelques décennies nous avons assisté au développement d’un certain sentiment de désenchantement par rapport à la politique, conséquence de la fréquence des scandales de corruption et de l’impression d’une certaine déconnexion entre les intentions nobles qu’affichent les politiciens et ce que leurs comportements montrent.
  • Humilité car dans le monde moderne tout un chacun peut devenir une idole en une minute, et retomber aussi rapidement dans l’anonymat, car le monde est devenu si complexe qu’aucune idéologie ne peut prétendre détenir toutes les clefs de la paix mondiale, car nous vivons dans un monde interdépendant où le destin des plus riches est lié à celui des plus pauvres.

Il y a, je crois, une demande de plus en plus importante pour une nouvelle manière de faire de la politique, basée sur les valeurs que je viens de décrire. Cependant, l’offre n’est pas encore satisfaisante… C’est tout pour aujourd’hui. Restez connectés: à venir, plus d’articles sur la Génération Y, la société ouverte et ce que cela implique pour la politique.

Mise à jour le 11 juillet:

Pour ceux qui lisent aussi en anglais:

La réaction de Boris Wandoren sur le sujet: http://www.clermont-citygroup.eu/2009/07/11/is-it-more-important-than-the-generational-issue/comment-page-1/#comment-454

et l’incroyable article de Kevin Kelly sur le socialisme digitale : http://www.wired.com/culture/culturereviews/magazine/17-06/nep_newsocialism?currentPage=all

Communiquer l’Europe : mission impossible ? Et si le problème était ailleurs…
8/07/2009

Lundi, l’association Forum 311 organisait à Bruxelles un débat sur le thème « Communiquer l’Europe : Mission impossible ? ». Je n’ai pas pu y assister. Heureusement, d’autres confrères bloggeurs s’y trouvaient et j’ai donc pu lire deux comptes-rendus du débat aussi différents dans leur style que dans leur contenu. Tandis que le blog du professionnel de la communication, Michael Malherbe, donne une présentation détaillée des thèmes qui ont été abordés, un Européen jamais content a choisi de rapporter l’ambiance des échanges. Je vous invite à lire les deux articles.

Bien que les institutions européennes aient fait des efforts remarquables cette année pour « communiquer l’Europe » en préparation des élections européennes, le taux de participation a été, comme toujours, plus bas qu’aux élections précédentes. Voilà qui fait sans doute désespérer les communicants de l’Europe, d’où le titre du débat. Ils ont tant essayé pourtant. Ils se disent, à nouveau, qu’il faut se rendre à l’évidence : communiquer l’Europe est décidément mission impossible. Willy Helin, Chef de la Représentation de la Commission européenne en Belgique, parle même de « mission suicide ». Et si le problème se trouvait dans l’expression même qui est utilisée pour tenter de le résoudre ? « Communiquer l’Europe »… et pourquoi pas « communiquer avec les Européens » ou même « communiquer entre Européens » ?

Lors des débats autour du « non » français, du « nee » néerlandais et du « no » irlandais au feu traité constitutionnel puis au traité de Lisbonne, j’avais été frappée par la réaction des eurospécialistes de tous bords. Le diagnostic était unanime. Si les Européens avaient été mieux informés, ils auraient voté « oui », « ja » et « yes » en chœur. Peut-être. Sans doute même. Mais à l’instar de ce débat, le problème n’est pas là.

La nécessité n’est pas de « communiquer l’Europe », comprenez porter la bonne parole des élites éclairées vers le peuple aveuglé, mais de communiquer en Europe, entre Européens sur l’Europe. La première conception du problème « communiquer l’Europe » est didactique. Les institutions fournissent des informations sur ce qu’elles font, de manière unidirectionnelle. Elles émettent de l’information en direction de destinataires –les citoyens européens- qui n’ont rien demandé d’ailleurs. La deuxième conception est interactive. Il s’agit de faire débattre de l’Europe. À mon sens, le problème majeur de la « communication européenne » est qu’elle est institutionnelle, c’est-à-dire consensuelle, dépolitisée et, par conséquent, non polémique. Du coup, c’est ennuyeux. C’est là où le bât blesse.

Bien que j’aie regretté le résultat du référendum sur le traité constitutionnel européen en France, il s’est quand même passé quelque chose d’extrêmement positif pendant cette campagne. Pour une fois, on a parlé d’Europe ! Cette campagne a passionné les Français. Tout le monde en parlait. Pourquoi ? Parce qu’il y avait des camps opposés qui s’affrontaient sur des choix politiques compréhensibles, parce qu’il y a eu des débats enflammés justement, parce que pour la première fois, on avait politisé l’Europe. Je suis persuadée que la solution au problème de la distance entre les institutions européennes et les Européens se trouve dans la politisation de l’Europe. C’est le sens de mon engagement.

Alors oui, je sais bien, on me répondra : mission impossible justement ! Parce que les partis nationaux (certains) s’y refusent, parce que les cultures politiques des Etats membres sont trop différentes (le sont-elles tant que ça ?), parce que l’Europe est trop compliquée (pas plus que les systèmes politiques nationaux), parce que l’Europe n’intéresse pas (prophétie auto-réalisatrice ?), etc, etc, etc… Malgré tout cela, j’y crois. Désarticuler ces préjugés en construisant des ponts entre les politiques nationales et la politique européenne est précisément l’objectif de ce blog. Car si impossible n’est pas français, impossible n’est pas non plus européen. Je sais que des expressions similaires existent en anglais -“There is no such word as “can’t”- et en néerlandais -“Onmogelijk bestaat niet”-, et chez vous, comment dit-on qu’impossible n’est pas européen?

Crédits photos : European Parliament on Flickr

Génération 2.0: plus qu’une révolution technologique, une révolution culturelle
1/07/2009

Ça y est, j’ai sauté le pas : il y a une semaine de cela, j’ai rejoint la communauté Twitter. Jusque-là j’avais été sceptique par rapport à l’intérêt de cet outil mais les articles écrits par Jon Worth et Julien Frisch sur l’usage de Twitter en politique m’ont ouvert les yeux et convaincue de rejoindre l’aventure Twitter. Quelques jours plus tard, l’article de Bente Kalsnes sur les « political geeks » me confortait dans l’idée que Twitter est un phénomène qui vaut la peine qu’on s’y intéresse. Maintenant, je suis accro. L’autre jour, je jonglais comme à mon habitude entre diverses fenêtres ouvertes sur Gmail, Facebook, Twitter et mon lecteur de flux RSS, entre autres, quand soudainement j’ai eu un flash-back : il y a dix ans, rien de tout ça ne faisait partie de ma vie, ni de celle de personne d’autre en l’occurrence.

Lorsque j’étais adolescente, dans les années 90, c’est-à-dire il y a juste un peu plus de dix ans, nous n’avions ni téléphones portables, ni ordinateurs. En France, on utilisait encore le Minitel, c’est tout dire. Les téléphones portables n’ont commencé à se répandre que lorsque je suis arrivée à l’université. Nous professeurs osaient encore à peine nous demander de « taper » nos devoirs au lieu de les écrire de manière manuscrite. Rares étaient ceux d’entre nous qui possédaient un ordinateur personnel. Dix ans plus tard, en masse, les jeunes gens de ma génération écrivent des « e-mails », « surfent » sur le « web », envoient des « SMS » depuis leur « GSM », compte des centaines « d’amis » sur « Facebook », « postent » leurs idées sur des « blogs » et participent à des débats enflammés sur « Twitter » avec des inconnus. Tout cela est arrivé en dix ans, et cela a profondément changé notre relation au monde, et en particulier à la sphère politique.

Nous sommes témoins du commencement d’une nouvelle ère. L’Histoire de l’espace public se rappellera probablement de la révolution digitale comme un évènement aussi important que l’invention de l’imprimerie par Gutenberg au XVème siècle. Tout le monde a accès à tout type d’information à travers une simple connexion Internet. L’information est devenue un bien commun. Ce n’est plus une source de pouvoir réservée à certains privilégiés. Ceci est en train de changer profondément l’équilibre politique. Qui que ce soit peut désormais influencer le débat public relativement facilement, pour peu qu’il ait de l’esprit, une bonne plume et qu’il comprenne comment utiliser de manière stratégique les outils Internet que sont les blogs, Facebook et Twitter.

L’information ne suit plus une pente horizontale, du journaliste au public. L’information provient désormais de toute part et elle est produite par tous. Par conséquent, la sphère publique devient de plus en plus horizontale. Ce rééquilibrage est en train d’avoir un impact énorme sur nos démocraties. Pendant des dizaines d’années –siècles ?- les débats politiques ont été menés par les journalistes, les intellectuels et les partis politiques. A présent, n’importe qui peut exprimer son opinion sur Internet et attirer beaucoup d’attention. L’information n’est plus un monopole. Nous sommes juste au début d’une nouvelle ère. Les informaticiens l’appellent la société digitale. La Commission européenne l’appelle la société de l’information. Je l’appellerais plutôt la société ouverte.

Cette évolution de la société représente un grand défi pour les partis politiques traditionnels. Ces organisations ont des structures lourdes. A mesure qu’elles ont grandi, les décisions internes se sont prises de plus en plus du haut vers le bas. Ceci ne fonctionne guère plus car grâce à la révolution digitale, l’information n’est plus le monopole de quelques uns. Cependant, les partis politiques traditionnels sont si figés dans le temps en ce qui concerne leur manière d’opérer, qu’ils ont des difficultés à intégrer la révolution Internet. Bien sûr, ils essaient de se mettre aux dernières technologies, ils se font concevoir des sites web « tendance » avec toutes les applications sympa qui vont avec. Mais ils n’ont pas réussi à comprendre le réel intérêt de ces nouvelles fonctionnalités, et les enjeux qu’elles soulèvent. Ils n’ont pas compris. Ils n’ont pas compris que ce qui est le plus important, ce n’est pas d’intégrer ces nouvelles technologies, mais de comprendre combien ces technologies ont façonné une nouvelle culture, une culture ouverte, basée sur la libre disposition de l’information et sur la possibilité de participer à sa production.

Cet article n’est que le début d’une série. Il me semble que le thème de la société ouverte est essentiel pour comprendre les transformations en cours du paysage politique tel que nous l’avons connu jusque-là. Le succès des Verts en France et du Parti des pirates en Suède, ainsi que les débats autour du libre partage des données numériques, sont autant d’indicateurs de cette évolution vers un nouveau type de société qui entraîne la nécessité d’inventer une nouvelle manière de faire de la politique.

Photo 1: le Minitel, technologie française de pointe. Crédits: Wikipedia Common

Photo 2: join the social media wagon. Crédits: Matt Hamm sur Flickr

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